Lettre ouverte à notre Député sur la Loi Renseignement

Avec mes collègues conseillers municipaux nous avons décidé d’envoyer à notre Député, Frédéric ROIG (4e circonscription de Montpellier), la lettre ouverte qui suit, considérant qu’il était de notre devoir de citoyens et d’élus d’exprimer notre avis avant la catastrophe, pas après…

Monsieur le Député,

Nous ne souhaitons pas rouvrir ou commenter les débats qui depuis quelques semaines occupent les deux assemblées à propos de la loi sur le renseignement mais simplement vous donner avant l’heure du vote notre sentiment d’élus, de citoyens, d’électeurs.

Cette loi proposée trop vite dans l’urgence générée par l’innommable horreur des événements de janvier semble se teinter de la nuance brune des pires heures de l’histoire des démocraties trahies et, au nom d’une sécurité qui ne pourra jamais être totale, veut pouvoir abandonner ce qui fait toute la valeur de notre République et bafouer ce droit à la vie privée qui est aussi important pour qui veut vivre dignement que le droit de respirer pour qui souhaite tout simplement vivre.

À l’heure où les technologies permettent la rencontre, la créativité, le déploiement des connaissances et de la culture sans frontières devons-nous accepter qu’à cause d’une pathétique poignée de barbares le législateur se transforme en bourreau ? Face à la peur et à l’agression primaire il n’y a que deux alternatives, la veulerie ou la résistance, que choisirons-nous ?

Vivre dans un panoptique équivaut à lentement s’étioler sous le regard permanent de ceux qui décideront de notre conformité selon des critères qui finiront par nous échapper. La loi sur le renseignement est le premier pas, décisif, vers un monde qu’Orwell craignait et dénonçait déjà dans 1984.

Nous nous permettons ici quelques citations :

Christine Lazerges, Présidente de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme « Il n’est pas question de nier que la grande criminalité est un défi pour nos démocraties, mais la CNCDH se doit de réaffirmer avec force que les États ne sauraient prendre, au nom d’intérêts considérés à juste titre comme primordiaux, n’importe quelle mesure attentatoire au respect de la vie privée. La plus grande victoire des « ennemis des droits de l’homme » serait de mettre en péril l’État de droit par une dérive liberticide et de renoncer aux principes républicains. Notre commission appelle à « raisonner la raison d’État », afin de ne pas créer une société du soupçon permanent ».[source : site internet de la CNCDH]

La France en libertés surveillées, la République en danger un livre édité par le Parti Socialiste en 2009 : « Lors de l’examen de nombreux projets de lois antiterroristes déposés depuis les attentats du 11 septembre 2001, Nicolas Sarkozy s’est à chaque fois appuyé sur la peur du terrorisme ressentie par la population pour s’affranchir des réserves posées par la CNIL. »

Isabelle Falque-Pierrotin, Présidente de la CNIL : « Nous allons créer un dispositif et des pratiques qui sont en dehors du droit » et qui vont créer « une société de surveillance. » [source : Figaro du 16/04/2015]

Une dernière, venue de nos voisins européens qui assistent, dubitatifs, à l’instauration de cette loi, Konstantin von Notz, député des Grünen (écologistes) et spécialiste de la protection des données personnelles : « Mettre chaque citoyen sous un microscope, savoir en temps réel où il était, avec qui il a parlé, ce sont des instruments totalitaires. Un État de droit ne peut pas accepter ça. C’est une illusion technique de penser qu’on en saura plus parce qu’on surveille davantage. C’est même le contraire. Les services français avaient les auteurs des attentats de Paris dans le viseur, et pourtant ils sont passés à l’acte. J’aimerais qu’un pays attaché aux libertés comme la France conduise un débat sérieux sur ce sujet, au lieu de mener cette attaque massive contre les libertés publiques. » [source : Mediapart]

C’est pourquoi, Monsieur le Député, nous vous demandons de bien vouloir nous représenter et vous opposer au texte qui vous sera soumis et, ainsi, de défendre pour nous les valeurs fondamentales de la République.

Vous en souhaitant bonne réception, nous vous prions de recevoir, Monsieur le Député, nos salutations républicaines.

Le Conseil Municipal de Puéchabon

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »

Benjamin Franklin

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